Les lacs du Roure
Le lac inférieur (2558). Clic/agrandir
Voilà un lieu à découvrir particulièrement l'été quand les touristes s'entassent autour des lacs connus, souvent par simple défaut d'information (« Ah bon, il y a d'autres lacs ? »). Tout le monde aime bien sa tranquillité, n'est-ce pas ? Surtout quand on vient à Maljasset qui est un peu le bout du monde. Enfin, c'est juste un peu loin, mais accessible (3/4 d'heure depuis Barcelonnette).
La balade aux lacs du Roure n'est pas plus longue que d'autres (700 à 900 mètres de dénivelé) mais il est vrai sans sentier (ou des bribes) et sans balisage. Il faut donc savoir lire une carte, d'autant plus que ce n'est pas si facile de trouver tous les lacs. « Tous » ? Oui, il y en a tout de même 10, situés entre 2558 m et 2758 m. Précisons qu'on ne risque pas de se perdre, et qu'à défaut de les trouver tous, on en verra 6 en suivant les ruisseaux.
Outre les lacs eux-mêmes, tous différents, ce qui est intéressant dans cette balade, ce sont les différents points de vue permis par les innombrables ressauts rocheux. On est ici tellement en présence d'un relief glaciaire qu'on imagine se promener au fond du glacier… On trouve beaucoup de rotondités faites de roches striées par le fond du glacier, rabotées. Ça a dû frotter sec ! Partout où il a pu creuser davantage, le glacier a laissé un lac. Il est fort agréable de marcher sur ces roches nues : cela donne le sentiment de fouler une planète vierge et primitive. Ces roches constituent ce qu'on appelle le bed-rock, elles sont constituées de roches siliceuses (grès) de la période permo-trias (- 245 millions d'années, période de plus grande extinction d'espèces dans l'histoire, avec disparition de 95 % des espèces pour des raisons encore inconnues).
Les lacs occupent le fond de l'ancien cirque glaciaire. Clic/agrandir
Des lacs à cet endroit, il y en avait probablement d'autres aujourd'hui comblés. En effet, comme on l'a vu, tout lac dans un bassin versant se comble rapidement (Plan de Parouart, un lac comblé). Chaque fois que vous foulez une prairie plate, souvenez-vous que c'était peut-être un lac. Or dans ce relief apparemment chaotique, on trouve beaucoup de replats herbeux assez humides qui font penser à un lac récemment comblé (récemment à l'échelle écologique, cent à mille ans). Quant aux lacs actuels du site, ils sont peu profonds et tous en voie de comblement.
Ainsi, la photo en haut de page comme celle ci-dessous montre clairement que l'herbe gagne sur le lac. Il s'agit de celui situé le plus bas en altitude, qui reçoit des eaux de tout le bassin versant et, élément supplémentaire de comblement, situé sur le béal (ruisseau) du Roure. Le lac le plus haut est également le plus comblé car il reçoit directement les alluvions du cirque constitué par les dents de Maniglia, le pic du fond du Roure et la Spera, tous sommets à plus de 3000 m.
Les sommets et la zone des lacs sont de natures géologiques différentes. Clic/agrandir
Sur le terrain, il n'y a pas besoin d'être un fin observateur pour voir que les sommets et la zone des lacs sont de natures gééologiques différentes (la série de 18 photos le montre clairement). Ainsi la zone du Roure montre quelque chose d'intéressant et habituel dans les Alpes : le relief est constitué d'unités distinctes. La zone des lacs est l'unité du Roure, surtout des grès, dégagés de toute autre roche. On pourrait croire que cette mise à nu est due aux glaciers, mais pas seulement. La zone des sommets, dite unité de Combe Brémond, est une dalle de calcaire anciennement venue chevaucher l'unité du Roure. Elle a basculé à nouveau vers l'est à la fin du plissement alpin, contribuant au dégagement de l'unité du Roure. Les calcaires des sommets sont pour la plupart des calcaires du Malm : voir l'article Marbre rose et globulaire à feuilles en cœur.
Pour le randonneur, l'endroit semble constituer un vallon parallèle au vallon de Mary. En réalité, et c'est très visible sur une carte au 1/25 000e (Top 25 IGN), les lacs du Roure occupent un ancien cirque glaciaire, caractérisé par de hautes parois abruptes et un fond relativement plat (pas à l'échelle humaine). Le Béal du Roure en est le déversoir essentiel. Le chemin qui mène au col de Mary, et semble emprunter le vallon principal, ne suit en fait qu'un petit affluent (le ruisseau n'est d'ailleurs pas nommé). Cette découverte pourrait inciter chacun à examiner les cartes, sur lesquelles ont lit le paysage bien mieux que sur le terrain.
Le terme roure signifie chêne en provençal. Il provient de robur qui a également donné « robuste » ou « corroborer », et qui désigne un chêne ou un bois très dur. Quand on voit le désert végétal que contitue la zone des lacs du Roure, on reste dubitatif. Y avait-il un chêne remarquable ? À cette altitude, c'est impossible. Peut-être que la couleur rouge du fond des lacs, bien visible sur les photos, ait pu par confusion ou mauvaise transcription donner ce nom. À moins qu'il provienne de rout, qui en Ubaye signifie défriché, labouré. Mystère !
> Voir la galerie de 18 photos (achat possible par carte bancaire)
> En savoir plus sur l'aspect géologique : Geol-alp-Ubaye
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28 Juin 2008 à 18:41 dans
- RANDONNÉES


