Quand je dis aimer randonner en Ubaye, je suis souvent surpris des réactions : « C'est où ? En Amérique du Sud ? ». Euh, bah non, pas tout à fait. Cette réflexion n'est pas si bête qu'elle en a l'air, au point de vue historique tout au moins : j'en parlerais plus tard, mais les « barcelonnettes » partirent au Mexique tenter de faire fortune. Il en reste aujourd'hui d'étranges maisons, quasi châteaux, et surtout des maisons de ville avec jardin et cimetière qui donnent à Barcelonnette sa configuration unique.
Bref, l'Ubaye est peu connue même dans le Sud. Là, les gens savent en général où c'est, ou à peu près, mais ils n'y ont jamais mis les pieds (ni les roues, d'ailleurs). Pourquoi un tel déficit d'image ? Je ne m'en plains pas : il y a peu de monde. Or le calme et l'isolement sont des denrées extrêmement rares à notre époque. Il est vrai que l'Ubaye est une vallée dans l'ensemble encaissée, avec d'immenses parois rocheuses austères. La route d'accès est bien longue depuis Serre-Ponçon.
Il faut déjà passer un col ou quasi (note ci-dessous) pour accéder à la vallée. Et après, il reste encore pas mal de kilomètres pour arriver à Barcelonnette. Ce bourg (3 000 habitants) très méditerranéen, animé, avec ses places à café, est un peu le centre. Mais de là, on est encore loin de Maljasset par exemple, pas moins de trois quart d'heure en voiture !
Depuis Embrun, on ne passe pas de col mais on suit par une route sinueuse le lac de Serre-Ponçon ; depuis Gap ou l'autoroute venant de Marseille, on passe par un épaulement sour le col Saint-Jean, col qu'on doit passer en plus de celui du Labouret quand on vient de Digne. Depuis l'Italie, on passe le col de Larche (1948 m), qui est historiquement un accès important (Turin). Reste ensuite d'autres accès par la montagne : depuis Guillestre, par le col de Vars (2109 m), depuis le Verdon, par le col d'Allos (2247 m) ; depuis Puget-Théniers, par le col de la Cayolle (2326 m) et depuis la Tinée ou Nice, par le col le plus haut d'Europe, la Bonette (2802 m)
Et ensuite, si on veut randonner, il faut… marcher. Fonds de vallons très longs (du fait de la quasi absence de routes), dénivelés souvent importants : à part les balades les plus connues, il n'est pas rare de faire 1000, 1200 mètres, voire 1500 mètres ! Et, pour ne rien simplifier, il y a fort peu d'hôtels : on est souvent obligé de rouler un quart d'heure à une demi-heure avant de démarrer la randonnée.
Ajoutons que beaucoup de vallons sont inaccessibles car dépourvus de chemin (chemins de berger écroulés et envahis par la végétation) et le tableau est complet : mais que faire dans cette galère ? Eh bien, découvrir. Prendre son temps. Apprécier silence et immensité. Je vous le dis, si vous prenez le temps de la découvrir, vous allez aimer l'Ubaye !
Pour commencer, pourquoi pas… une toute petite randonnée ? Le secteur du Col Bas est d'altitude peu élevée (2000 mètres pour les lacs, 2100 mètres pour le col) et il y a plus de lacs que ce que qu'on peut voir en une journée : 23, et 29 si on compte ceux du vallon de l'Ambouin, tout proche. Selon les années, on peut faire la balade dès mai (plus souvent juin). Malgré la faible altitude, le lieu déneige tard (il y a une petite station de ski). Un avant-goût…
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