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PHOTO UBAYE ET INFORMATIONS

PAYSAGES, NATURE ET GÉOLOGIE EN UBAYE

    
      
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Didier Vereeck, auteur photographe et auteur de l'écrit, membre du Réseau Focalis
 


Les Terres Noires de Barcelonnette


Roubines dans les Terres noires au Restefond. La couleur bleutée est due à l'oxydation en présence d'eau. Clic/agrandir

Les Terres noires sont des marnes sombres, parfois colorées en bleu par l'oxydation en présence d'eau. Elles se sont déposées au Jurassique (Callovien-Oxfordien) comme la présence d'Ammonites a permis de le dater, présence qui indique une sédimentation de pleine mer. Des datations fines couche par couche ont été permises par l'analyse du phytoplancton et en particulier des Dinoflagellés.

Ces marnes composaient la majeure partie du paysage avant que les nappes de calcaires jurassiques et de flysch crétacé, qui constituent les principaux sommets de l'Ubaye, ne soient venues les recouvrir. Ces nappes dites intra-alpines sont des terrains qui s'ils n'avaient pas bougé se trouveraient actuellement sous la plaine du Pô. L'érosion a entamé la couche calcaire, mettant à nu ces terres noires, et constituant ce qu'on appelle la fenêtre de Barcelonette.

Clic/agrandir. Des arbres, ici des mélèzes, arrivent à pousser sur les crêtes, qui s'érodent moins vite que le reste. On note qu'ils sont jeunes. Ils ne deviendront pas vieux, emportés par un glissement de terrain ou déracinés par l'érosion.

Les marnes sont des sédiments calcaro-argileux. Le calcaire leur confère une certaine résistance mais les argiles, susceptibles de se gorger d'eau, rendent les terrains instables. De nombreux glissements de terrains se sont d'ailleurs produits dont certains sont célèbres. Mais souvent, le glissement ne se voit pas ou à l'échelle de dizaines voire centaines d'années. Il se produit selon le principe du paquet tassé : la masse de marnes descend progressivement en se tassant, à une vitesse suffisamment lente pour que la végétation ne soit pas détruite.

Les Terres Noires constituent des terrains mous facilement entaillés par l'érosion. Le ravinement produit cette apparence dite en dos d'éléphant, appelée localement roubines, robines ou rouvines quand elle n'est pas recouverte de végétation. Le terme « robine » désigne en fait un petit canal, il est utilisé ici à cause de cette apparence de multiples petits canaux, donc toujours au pluriel.

Dans les zones plates ou pentues, se creusent rigoles et méandres donnant un aspect moutonné typique et esthétique. Ici, le vallon des Houerts. Clic/agrandir

Les terres restent souvent noires car à cause de sa friabilité, cette roche ne se recouvre jamais de terre végétale, du moins dans les pentes. Les terres noires du col de Restefond, des deux photo ci-dessus, constituent une notable exception. Mais, même dans les vallons comme ci-dessus, ces formations de Terres Noires mettent des lustres avant de se transformer en bonnes terres. Toutefois, la présence généralisée de ces Terres Noires donne le relief amène de certaines parties de l'Ubaye, comme la longue mais paisible montée du col de la Bonette Restefond.

Les Terres Noires se retrouvent dans tous le sud-est, des Alpes aux Causses. Partout où il y a de la pente et donc de l'érosion, elles se présentent sous formes de robines, parfois sur des surfaces considérables.

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> Voir également la galerie Col de la Bonette Restefond

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Marbre rose et globulaire à feuilles en cœur (Globularia cordifolia)


marbre rose et globulaire à tige nue

Globulaire à feuilles en cœur devant marbre rose. Clic/agrandir (ça vaut le coup)

Le marbre rose est une roche classique du Queyras mais aussi de l'Ubaye. C'est un faux marbre en vérité, un simple calcaire compact à nodules roses. Il s'agit d'un calcaire jurassique (l'époque des Dinosaures) dit « calcaire marbreux du Malm ».

Le Malm est le Jurassique supérieur, une période géologique datée vers 150 millions d'années (145 à 161). Il est connu pour ses falaises crayeuses du Dorset (côte orientale du Devon, Angleterre, surnommé Jurassic coast et classé au patrimoine mondial) et beaucoup de niveaux massifs dans les Alpes du Sud. À cette époque, le continent unique (Pangée) s'est divisé et l'Europe et l'Afrique s'éloignent l'une de l'autre. L'Ubaye est une zone d'eaux peu profondes, sorte de plateau continental étendu.

Le calcaire du Malm se dépose assez loin de là, en pleine mer, comme l'attestent des fossiles pélagiques (du grec pelagos, « la haute mer ») de Bélémnites et d'Ammonites, en général usés et non identifiables. Lors de la formation des Alpes, la fermeture de l'océan ramènera ce calcaire et d'autres formations vers l'Europe (par charriage).

Ce calcaire est fort répandu en Ubaye, sur des épaisseurs de 20 à 100 mètres. Il est prisé des grimpeurs pour sa compacité. En général il est blanc, avec éventuellement des rubans rosés. La raison en est que les nodules ont été étirés par les mouvements tectoniques et décolorés par le métamorphisme (chaleur et pression qui ont déformé les roches lors de la formation des montagnes).

Les niveaux à « marbre rose » ne sont que des poches localisées, à la base de ces bancs de calcaire. Ce marbre ne manque pas d'élégance et les anciens ne s'y sont pas trompés, édifiant de nombreux bâtiments, jusqu'à de simples fontaines.

Presque mythique, le marbre rose est en tout cas le charme de nos vallées. Qui n'en a jamais ramassé un bloc pour agrémenter son jardin ou sa terrasse ? Les carrières ne sont plus en activité. Celles qui ont donné les plus beaux spécimens sont celles de Serenne (en amont de Saint Paul sur Ubaye).

Un des plus beaux bâtiments en marbre rose d'Ubaye est certainement l'Hôtel de Ville de Barcelonnette (marbre rose de Serenne), édifié en 1934. Un tel luxe étonnant pour une bourgade de montagne est une conséquence de l'émigration, certaines barcelonnettes (habitants ayant migré au Mexique et en Louisiane notamment) ayant fait fortune.

Ceux qui aiment le marbre rose (qui agrémente il est vrai les randonnées) en trouveront principalement dans le secteur de Sérenne, Saint Ours, Maljasset, Mary et jusqu'au Chambeyron. La photo a été prise sur la route de Maljasset, près du Pont Voûté (1650 mètres, école d'escalade).

La fleur est une globulaire à feuille en cœur, Globularia cordifolia. C'est une petite plante vivace et toujours verte qui agrémente les pelouses sèches et les rocailles, et les lieux secs en général, entre 800 et 2 600 mètres. Elle fleurit d'avril à juin selon les altitudes et les expositions. Autrefois classée dans une famille bien à elle (Globulariacées), elle est jointe aujourd'hui à la famille du plantain (Plantaginacées). Ses habitats types sont les pelouses basophiles médioeuropéennes occidentales.

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Ubaye, vallée peu connue


 

Lac du Roure

 

Quand je dis aimer randonner en Ubaye, je suis souvent surpris des réactions : « C'est où ? En Amérique du Sud ? ». Euh, bah non, pas tout à fait. Cette réflexion n'est pas si bête qu'elle en a l'air, au point de vue historique tout au moins : j'en parlerais plus tard, mais les « barcelonnettes » partirent au Mexique tenter de faire fortune. Il en reste aujourd'hui d'étranges maisons, quasi châteaux, et surtout des maisons de ville avec jardin et cimetière qui donnent à Barcelonnette sa configuration unique.

Bref, l'Ubaye est peu connue même dans le Sud. Là, les gens savent en général où c'est, ou à peu près, mais ils n'y ont jamais mis les pieds (ni les roues, d'ailleurs). Pourquoi un tel déficit d'image ? Je ne m'en plains pas : il y a peu de monde. Or le calme et l'isolement sont des denrées extrêmement rares à notre époque. Il est vrai que l'Ubaye est une vallée dans l'ensemble encaissée, avec d'immenses parois rocheuses austères. La route d'accès est bien longue depuis Serre-Ponçon.

Il faut déjà passer un col ou quasi (note ci-dessous) pour accéder à la vallée. Et après, il reste encore pas mal de kilomètres pour arriver à Barcelonnette. Ce bourg (3 000 habitants) très méditerranéen, animé, avec ses places à café, est un peu le centre. Mais de là, on est encore loin de Maljasset par exemple, pas moins de trois quart d'heure en voiture !

Depuis Embrun, on ne passe pas de col mais on suit par une route sinueuse le lac de Serre-Ponçon ; depuis Gap ou l'autoroute venant de Marseille, on passe par un épaulement sour le col Saint-Jean, col qu'on doit passer en plus de celui du Labouret quand on vient de Digne. Depuis l'Italie, on passe le col de Larche (1948 m), qui est historiquement un accès important (Turin). Reste ensuite d'autres accès par la montagne : depuis Guillestre, par le col de Vars (2109 m), depuis le Verdon, par le col d'Allos (2247 m) ; depuis Puget-Théniers, par le col de la Cayolle (2326 m) et depuis la Tinée ou Nice, par le col le plus haut d'Europe, la Bonette (2802 m)

Et ensuite, si on veut randonner, il faut… marcher. Fonds de vallons très longs (du fait de la quasi absence de routes), dénivelés souvent importants : à part les balades les plus connues, il n'est pas rare de faire 1000, 1200 mètres, voire 1500 mètres ! Et, pour ne rien simplifier, il y a fort peu d'hôtels : on est souvent obligé de rouler un quart d'heure à une demi-heure avant de démarrer la randonnée.

Ajoutons que beaucoup de vallons sont inaccessibles car dépourvus de chemin (chemins de berger écroulés et envahis par la végétation) et le tableau est complet : mais que faire dans cette galère ? Eh bien, découvrir. Prendre son temps. Apprécier silence et immensité. Je vous le dis, si vous prenez le temps de la découvrir, vous allez aimer l'Ubaye !

Pour commencer, pourquoi pas… une toute petite randonnée ? Le secteur du Col Bas est d'altitude peu élevée (2000 mètres pour les lacs, 2100 mètres pour le col) et il y a plus de lacs que ce que qu'on peut voir en une journée : 23, et 29 si on compte ceux du vallon de l'Ambouin, tout proche. Selon les années, on peut faire la balade dès mai (plus souvent juin). Malgré la faible altitude, le lieu déneige tard (il y a une petite station de ski). Un avant-goût…

 

Le Lavercq
 

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